Notcimik, la forêt d'où je viens
Immersions contemplatives en territoire
« Le Nord est, avant tout, un état d'esprit.»
Introduction
Notcimik — «la forêt d'où je viens» en langue atikamekw — désigne le territoire intérieur où l'on s'ancre, là d'où vient le sang. Chez les Innus, un mot apparenté, Nutshimit, porte un sens similaire : le territoire de l'intérieur, la terre d'abondance qui nourrit et donne vie.
Ces mots me viennent de décennies de passages en territoire et de rencontres avec les Atikamekw du Nitaskinan, les Innus du Nitassinan, les Anishinaabe du Témiscamingue et les Nunavimmiuts du Nunavik. Je ne suis pas membre des Premières Nations et ne prétends pas parler en leur nom. Mais mes ancêtres, arrivés en Amérique au XVIIe siècle, se sont mêlés par le sang et la culture aux sociétés autochtones. Ma langue est le français des Canadiens-Anciens.
Je deviens le territoire dont je fais partie.
Depuis mon adolescence, j'apprends à habiter le territoire. Longs voyages sur les anciennes routes d'eau et portages, immersions hivernales dans une cabane rustique, simples passages contemplatifs : c'est la même démarche d'écoute qui guide ces explorations. Comme le dit la poète innue Joséphine Bacon :
« C'est réapprendre à avoir le cœur lent.»
Section 1 : Les anciennes routes
Kushpu : voyages traditionnels sur le Nastawgan
Le Nastawgan désigne le réseau ancestral de routes d'eau et de portages du district de Temagami — un mot ojibway pour une réalité que tous les peuples algonquiens ont connue et pratiquée. Ce terme, encore utilisé par les anciens des Premiers Peuples du nord-est de l'Ontario, remonte à des millénaires. Chez les Innus de la Côte-Nord et du Labrador, un mot similaire, Nutashkuan, portait le même sens.
Avant l'ère des routes et des chemins de fer, ces voies navigables étaient les artères principales du territoire — empruntées l'été en canot, l'hiver en raquettes et toboggan. Les portages, ou sentiers d'onigum, contournaient les obstacles infranchissables : rapides, chutes, hautes terres entre deux cours d'eau.
Mes voyages traditionnels suivent ces anciens chemins. Le canot de cèdre entoilé chargé de sacs de toile cirée, les camps montés sous la tente, la nourriture cuite sur le feu. Remonter une rivière, traverser un portage, s'installer quelques jours pour pêcher ou simplement écouter et lire le territoire. Comme l'écrivait l'anthropologue Serge Bouchard :
«Tout roule au rythme lent de la résolution.»
Les Innus nomment Kushpu ces départs prolongés en territoire. Partir pour le bois, c'était embrasser le temps long.
L'hiver venu, le canot cède sa place aux raquettes et au toboggan, les rivières gelées devenant de nouvelles voies de déplacement.
Le voyage traditionnel en territoire n'a rien du canot-camping récréatif véhiculé par l'industrie récréotouristique. Pas de prestations, pas de guides, pas de retour garanti le dimanche soir. Une pratique autonome, exigeante, héritée des Premières Nations.
Section 2 : Se déposer en territoire
Mishtuku Shuap : l'écho de la cabane en bois
Au cœur de Notcimik se niche une cabane de rondins, Mishtuku Shuap. En langue innue, Mishtuku signifie arbre ou bois, et Shuap désigne une cabane.
Au fond des bois, sur notre terre familiale, la cabane trône sur un cap rocheux, entourée de grandes épinettes bercées par le vent du nord. En hiver, quand je ne suis pas en déplacement traditionnel, c'est ici que je me dépose en territoire. À la tombée du jour, une lumière chaude filtre par les fenêtres, signe que le poêle ronronne, que le thé est prêt et qu'une douce soirée s'annonce.
Le rythme des journées est marqué par le crépitement du feu dans le vieux poêle, l'aquilon contre les murs, les travaux de maintenance et les vagabondages dans la forêt environnante. Chaque sortie devient une lecture des traces laissées dans la neige, révélant les histoires du territoire et de ses habitants. Nous laissons filer les heures, jusqu'à ce que la nuit vienne souffler les bougies.
Ce refuge est un point de repère, une base, accès au territoire sans avoir à préparer un grand voyage.
Aller plus loin
Les récits d'immersion en territoire — carnets non édités, observations de terrain, chapitres inédits d'un livre en préparation — sont publiés dans l'espace membres Autour du feu.
Conclusion
Mon pied-à-terre dans la petite ville où j'habite n'est qu'un temps d'arrêt pour faire du lavage, archiver mes écrits, mes photos et illustrations, voir mes proches ou travailler sur des projets nécessitant un lien avec le monde domestiqué. Mais c'est une pause temporaire, un point de transit.
Mon vrai chez moi, c'est le monde des êtres naturels et des esprits de la forêt. Mon chez moi, c'est Notcimik.
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