Retour après deux ans d'absence
Extrait de la catégorie Archives d'Autour du feu — Entre 2015 et 2017, j'ai envoyé mensuellement des lettres manuscrites accompagnées d'aquarelles documentant mes immersions nordiques et mes voyages. Ces lettres sont progressivement récupérées et préservées dans l'espace membres. En voici un exemple.
Novembre 2016 —Je suis enfin de retour dans le Grand Nord, après deux ans d’absence. J’ai pris un contrat d’une semaine comme infirmier en rôle élargi à la mine Raglan. Infirmier? Eh oui. Plusieurs d’entre vous ne le savent pas, mais je suis aussi infirmier spécialisé pour travailler en régions isolées. Je dois donc me débrouiller seul.
Une fois arrivé à la mine Raglan, à l’extrême Nord-Ouest du Québec, on m’annonce que je m’en vais au port de baie Déception. La route entre la mine Raglan et la baie Déception traverse la toundra sur 100 km. Pendant le trajet en camionnette, l’horizon lointain se fond avec le ciel gris chargé de neige transporté par les forts vents. Je suis heureux de revoir la toundra. La mine de Raglan, située dans le Grand Nord du Québec n’est pas reliée au réseau routier de la province. Le Nickel extrait quitte le Nord dans les cales d’un brise-glace qui emmène presque tout ce que la mine a besoin pour opérer (véhicules, machinerie, dynamite, ciment, diesel, etc.) Il y a 8 bateaux par année, soit environ 1 par mois, sauf les 2 mois de la mise bas des phoques, une requête des Inuits à laquelle s’est pliée la compagnie minière. L’équipe d’ouvriers, une douzaine d’hommes, se prépare à l’arrivée du dernier bateau de l’année et le superviseur des opérations de baie Déception, dirige la réunion avec ses «boys».
Dans l’heure qui suit la réunion, un des travailleurs arrive à la clinique avec un chiffon taché de sang autour de la main droite. Il s’est échappé un baril de métal sur un doigt en le déplaçant. Il présente une vilaine et profonde lacération encerclant le doigt d’un bord de l’ongle à l’autre. Après avoir vérifié si la mobilité et la sensibilité du doigt étaient intègres, je me suis installé pour suturer la plaie, malgré la complexité de la lacération. Christian ne l’a pas su, mais il y avait bien longtemps que je n’avais pas fait ça. Plusieurs semaines plus tard, il m’envoie un courriel avec une photo de son doigt. La cicatrice paraît à peine. Le corps humain est quand même une belle machine.
Extrait de la lettre manuscrite originale — Novembre 2016
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