Nansen est encore à bord
Texte, photos et illustrations: M-A Pauzé
Fridtjof Nansen avait tout d'un homme de son siècle : l'endurance, l'audace, la barbe. Mais avant d'être l'explorateur qui s'était lancé à l'assaut du pôle Nord sur le Fram en 1893, il avait été zoologiste, chercheur au regard minutieux formé à l'observation lente, spécialiste du système nerveux des poissons. Ce double registre — l'homme de terrain et le scientifique — ne l'a jamais quitté.
Pendant ses expéditions, Nansen collectait des données. Il sondait, mesurait, prélevait. Et comme aucun instrument n'existait encore pour capturer un échantillon d'eau à une profondeur précise dans l'océan, il en inventa un.
La bouteille Nansen descend ouverte dans les profondeurs. À la profondeur voulue, un messager — un simple cylindre de métal glissé sur le câble — dévale la ligne et la fait basculer. Elle se referme sur elle-même, emprisonnant un échantillon de la colonne d'eau. Elle remonte fermée, scellant l'échantillon jusqu'en surface.
Simple. Élégant. Imparable.
Déploiement de la rosette dans le fjord Southwind de la terre de Baffin (2021) - Fridtjof Nansen, explorateur, scientifique et humanitaire - Fridtjof Nansen pendant sa tentative de rejoindre le pôle Nord en 1893.
Plus de cent ans plus tard, les rosettes CTD que l'on déploie à bord du NGCC Amundsen — ces couronnes métalliques chargées de capteurs et de bouteilles qui plongent jusqu'aux abysses pour mesurer la température, la salinité et la composition des eaux arctiques — portent encore ses bouteilles. Le nom a changé, la forme s'est modernisée, mais le principe reste le sien.
L'homme que le jeune Amundsen était venu consulter en 1900, avant de partir conquérir le passage du Nord-Ouest, continue d'arpenter silencieusement les coursives du brise-glace scientifique.
Chaque plongée de rosette est un peu la sienne.
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Ce genre de détail — la persistance discrète d'un geste dans le temps — est exactement ce que je cherche quand j'écris sur l'Arctique. Nansen n'est pas qu'un personnage de l'histoire polaire. Il est présent dans les laboratoires, dans les protocoles, dans les mains des techniciens qui manœuvrent la rosette par gros temps.
Passages — Les carnets d'un voyageur dans l'archipel arctique canadien est tissé de ces fils-là. Chaque chapitre remonte un câble vers quelqu'un ou quelque chose qui précède, qui persiste, qui explique ce qu'on voit aujourd'hui depuis le pont d'un brise-glace.
Ces fils-là, je les ai suivi pendant cinq ans à bord de l'Amundsen. Ils traversent les chapitres de Passages, que les abonnés d'Autour du feu lisent depuis février. Ils finiront aussi sur les murs d'une exposition à venir.
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