Ma sauvagitude

Voici un nouveau projet à long terme qui fait suite au "Manifeste d'un vagabond" et qui nous ramène, mon compagnon d’aventures, Yves, et moi, à nos sources. Il devrait nous occuper pendant quelques années à venir, prendre forme et évoluer en fonction de nos capacités. Nous voyagerons souvent ensemble et quelques fois chacun de notre côté, mais nous nous retrouverons et essayerons de partager par différentes productions, notre passion et notre culture de la nature. 

Nous mettrons à profit nos expériences de vagabond en régions sauvages pour vivre une histoire d’amour avec le territoire naturel et sa communauté biotique. À partir de nos réflexions, échanges et observations, j’utiliserai ma prose, mes photos et mes illustrations pour la raconter. 

Ce projet vise à se reconnecter aux milieux sauvages avec le minimum d’encadrements et d’infrastructures, ce qui implique de la curiosité, le sens de l’aventure, de l’autonomie ainsi que les savoir-faire anciens et modernes. Les histoires que j'en rapporterai mettrons en valeur le patrimoine naturel et historique d'une culture de la nature.

Il s’agit de sortir des sentiers battus, d’explorer, de prendre son temps, de se fondre et parcourir le territoire en intégrant, autant que possible, des vêtements d’inspiration traditionnelle, résistants et fabriqués de fibres naturelles. D’utiliser peu d’équipements et de les choisir parce qu’ils favorisent cette connexion avec notre passé, notre savoir-faire et notre territoire.

Ces outils et ces vêtements n’ont pas pour objectif de me faciliter la vie et de me couper de mon environnement. Ils me permettent de vivre mes séjours dans la nature et de rencontrer les exigences que ça comporte. Il ne s’agit pas non plus de survivalisme. Le terme « survie » implique un combat, une détresse obligeant son adepte à vivre au-delà d’un événement dramatique. Quand je vais dans un environnement naturel, je ne veux pas y survivre. Je veux y vivre, le plus simplement possible.

«Seule la montagne a vécu assez longtemps pour écouter objectivement le hurlement du loup.»

- Aldo Leopold

L'humanité a passé 99% de son histoire dans ce que nous appelons aujourd'hui la nature sauvage. S'éloigner du confort civilisé pour communier avec la nature ne nécessite pas d'infrastructures, car nous nous sommes réappropriés notre propre ré-ensauvagement. Il ne s'agit plus de visiter la nature sauvage comme des étrangers, mais de la traverser comme si nous rentrions chez nous. Nous n'abordons plus la nature sauvage comme étant "hostile" ou inhospitalière. Notre présence n'est qu'un passage qui assure au mieux la préservation de l'intégrité, de la stabilité et de la beauté de ce que nous voyons.

Ce projet implique de se déplacer par canot, à pied sur de courtes portions en saison hors-gel, et en raquettes pendant l’hiver. Il implique de dormir à même le sol ou suspendu entre deux arbres. De se protéger des intempéries mais d’accepter d’être en contact avec ces intempéries. C’est difficile et ça demande des efforts. C'est dur, mais il faut l’aborder sans résister, sans vouloir conquérir. Cette difficulté est la porte d'entrée d'un monde naturel dont notre travail est la clé.

Il y a un vieil adage qui s’applique ici. «The more you know, the less you need». C’est en accédant avec respect et contemplation au sanctuaire naturel qu’est la nature plutôt qu’en la voyant comme un décor à nos exutoires frénétiques de néo-agités, qu’on peut redevenir humain. C’est par le réensauvagement qu’on peut redevenir humain.

Se fondre dans la nature c'est se connecter intimement avec un organisme vivant. Je deviens le territoire dont je fais partie. En préservant l'intégrité de cet organisme. Nous contribuons à sa préservation, et donc à notre propre préservation.

«Une culture de la nature, ça se développe sur le long terme. Une fois qu'on l'a développée, elle fait partie de nous. Ce n'est pas une activité récréative que l'on fait la fin de semaine, pendant les vacances, par émulation dans une quête identitaire. La culture de la nature nous habite et nous définie."

- Yves Nadon, travailleur social et vagabond de la forêt.


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