Témoignage évocateur dans "The Wilderness Life" de Calvin Rutstrum

(Illustration de Les Kouba, sur la page titre du livre de Calvin Rutstrum)

«The Wilderness Life» de Calvin Rustrum est un livre qui fut célébré au moment de sa publication et qui plonge les lecteurs dans la beauté brute de la nature, capturant l’essence d’une vie vécue en harmonie avec la nature sauvage. La profonde connexion de Rutstrum avec le monde naturel est palpable à chaque page, faisant de ce livre une ode intemporelle aux grands espaces.

L’auteur, un «coureur de bois» expérimenté et un habile conteur, rassemble une collection de récits qui transportent les lecteurs au cœur de la nature sauvage. Les descriptions vivantes de Rutstrum brossent un tableau des lacs sereins, des forêts denses et des vastes paysages qui servent de toile de fond à ses aventures. Qu’il raconte un voyage en canot en solitaire ou qu’il réfléchisse aux changements de saison, la prose de Rutstrum est évocatrice et poétique, permettant aux lecteurs de sentir l’air vivifiant, d’entendre le bruissement des feuilles et d'humer la brise parfumée par les pins.

Calvin Rutstrum, né en 1895 et décédé en 1982, est un écrivain américain, dont la plupart des livres traitent d'expériences et de techniques de camping en pleine nature. La plupart de ses livres ont été écrits dans sa cabane de Cloud Bay, en Ontario. Ses expériences en milieu sauvage commencent juste avant la Première Guerre mondiale et s’étendent sur une bonne partie du XXe siècle, y compris le mouvement écologiste de la fin des années 60 et des années 70. Il a publié ses livres à partir de 1946 et a continué à le faire jusqu’à sa mort en 1982. Bill Mason référait à lui comme étant son mentor.

Calvin Rutstrum a abandonné l’école en 7e année, avant de commencer sa vie de travailleur et d’aventurier.

Rustrum est donc un écrivain autodidacte qui s’est développé au gré de ses lectures. Tout au long de sa vie, il a vécu de nombreuses expériences et occupé plusieurs emplois, dont monteur de clôtures pour le bétail dans le Montana, il a participé à la Première Guerre mondiale en tant qu’infirmier de la marine, il fut courtier en terrain, inspecteur criminel dans une banque et instructeur et guide dans un camp de vacances. Il a souvent occupé ces emplois juste assez longtemps pour se préparer et s’évader pour plusieurs mois dans la nature. Il a passé de nombreuses années à parcourir le Bouclier canadien ou la région des Boundary Waters dans le Minnesota, lors de longues excursions en canot, à pied ou en traîneau à chien. Dans les années 50 et 60, il fut un auteur célébré et le NY Times a fait son éloge au moment de sa mort.

Bien que Sigurd F. Olson fut la figure dominante dans les luttes pour la protection et la préservation des forêts de la région de Quetico-Superior, Rustrum fut lui aussi très impliqué quoique plus discret que son compatriote.

Chacun de ses livres révèle un peu de sa personnalité, de ses expériences et de sa philosophie. Son style d’écriture est intéressant à lire, bien qu’il utilise une prose plutôt directe et une structure de phrase parfois complexe; probablement le résultat de son apprentissage autodidacte.

La lecture de l’œuvre de Rutstrum, dont j’ai lu plusieurs livres m’a inspiré un grand respect. Il a vécu la vie dont beaucoup d’entre nous ne font que rêver. Bien entendu, comme Paul Provencher, le monde qu’il décrit n’existe plus, sauf en de rares endroits comme Quetico, Caribou Woodland et Wabamiki, et les équipements auxquels il réfère ne sont guère utilisés que par de vieux traditionalistes (comme moi).

«The Wilderness Life» n’est pas seulement un recueil de récits d’aventures en plein air, c’est une exploration philosophique de la relation symbiotique entre l’homme et la nature. Rutstrum se penche sur les aspects spirituels et introspectifs de la vie dans la nature, abordant les thèmes de la solitude, de l’introspection et du pouvoir de transformation du monde naturel.

L’un des points forts du livre réside dans la capacité de Rutstrum à transmettre les précieuses leçons tirées d’une vie passée en étroite communion avec la nature. Ses réflexions sur l’autonomie, les techniques de survie et l’importance de la conservation trouvent un écho profond et incitent les lecteurs à apprécier et à protéger la nature sauvage qui nous entoure.

Voici un extrait de l’introduction :

«Depuis la porte de ma cabane, une vaste étendue sauvage s’étend vers le nord, à travers des milliers de lacs, de rivières et de forêts sauvages et rocheuses, sans interruption sur une distance de plus de mille kilomètres. Je me demande si cette perspective n’est pas trop séduisante pour que l’activité soit interrompue par l’écriture de ces lignes. Si le temps avait été différent ce matin, j’aurais peut-être continué à écrire ces lignes un autre jour. Les vagues du lac frappent les rives tout près de ma cabane, projetant des eaux vives dans les airs comme des cataractes inversées. La pluie mêlée de grêle s’abat sur ma fenêtre et je me demande pourquoi la vitre ne se brise pas. Le vent et les vagues qui s’entrechoquent produisent un sifflement et un grondement de basse. Les arbres se balancent; certains, victimes du vent, perdent leur lien avec la terre et frappent le sol avec ce qui semble être un désespoir fracassant.

De telles journées sont manifestement propices à la contemplation. Pourtant, plus tôt dans la journée, alors que les éléments atteignaient leur paroxysme, je quittais le minuscule poste de traite situé à quelques kilomètres d’ici, avec un paquet de provisions imperméabilisées dans un canot, pour affronter la mer déchaînée comme on chevauche un bronco à moitié dompté. Je suppose que le fait de quitter le lac tumultueux pour le confort d’une cabane était la diversion dont j’avais besoin pour continuer à écrire. Mais trop de temps passé à un travail sédentaire donne envie de se frotter à nouveau aux vagues, ou de faire jouer ses muscles d’une autre manière.»

Extrait du chapitre «Wilderness Destiny» :

«Ayant passé plus d’un demi-siècle à vivre une grande partie de l’année dans la nature sauvage, et en vertu de cela ayant vécu près des processus manuels, je suis enclin à considérer de nombreux dispositifs mécanisés de la vie moderne comme n’étant pas si tragiquement indispensables s’ils devenaient soudainement indisponibles ou si leur nombre se réduisait considérablement en raison d’une pénurie d’énergie ou d’un autre événement imprévu.

L’apparente indispensabilité des biens de la vie moderne n’est en grande partie qu’une illusion créée par une publicité néfaste ou par des consommateurs qui succombent à des gadgets de commodité qui leur permettent de mener une vie physiquement flegmatique. Nous pourrions devenir un peuple plus fort en ayant moins. Nous pourrions devenir plus nobles en améliorant notre sens de l’économie personnelle et nationale, en évitant toutes sortes de gaspillages inutiles de ressources.»

Ce qui distingue ce livre, c’est l’authenticité et l’humilité de Rutstrum. Il ne présente pas une version idéalisée de la nature sauvage, mais en accepte la rudesse, les défis et l’imprévisibilité. Ses expériences, qu’elles soient joyeuses ou difficiles, sont partagées avec un amour sincère pour l’environnement, créant ainsi un récit à la fois instructif et émotionnel.

Comme plusieurs livres des Presses de l’université du Minnesota, «The Wilderness Life» est accompagné des illustrations classiques en noir et blanc de Les Kouba, un peintre et illustrateur reconnu comme faisant partie des artistes des années 1970 qui ont popularisé l’art de la nature.

«The Wilderness Life» est un ouvrage incontournable pour les amoureux de la nature, les aventuriers des grands espaces et tous ceux qui cherchent à mieux comprendre le lien qui nous unit à la nature. Comme Paul Provencher, Rutstrum fut non seulement témoin, mais aussi acteur dans un univers de nature sauvage à l’époque classique, soit la première moitié du XXe siècle. Un univers dont il ne reste plus grand-chose. C’est justement là ce qui fait toute sa richesse. La sagesse intemporelle de Calvin Rutstrum et sa prose éloquente font de ce livre un classique qui peut inspirer même s’il est maintenant tombé dans l’oubli.

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